30 Beautés fatales

Après l’exécution du prince de Perse, les seuls dans la foule furieuse à ne pas céder au délire collectif sont Calaf et Adelma. Fraîchement arrivés dans la capitale, ils n’ont pas encore été empoisonnés par l’air vicié de la cité et ne se sont pas laissés gagner par la rancœur à l’encontre de l’impératrice. Tapis dans une ruelle, ils attendent que l’émeute dévastatrice passe son chemin. Cependant, comme les cinquante autres prétendants, Calaf a été frappé par la beauté de Turandot. Une beauté fatale qui lui fait perdre la raison et le met en danger de mort.

Publié en 1924, l’opéra Turandot vient au terme d’un courant artistique où le thème de la femme coupeuse de têtes est récurent et dont l’âge d’or se situe à la fin du XIXe siècle. Judith et surtout Salomé sont deux figures majeures de cette époque, maintes fois célébrées par les peintres, les écrivains, les illustrateurs, les compositeurs,…

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Illustration d’Aubrey Beardsley pour la tragédie d’Oscar Wilde, « Salomé ».

 

Elles fascinent d’autant plus, qu’à la violence qu’elles incarnent, elles ajoutent un érotisme ostentatoire. Le plaisir qu’elles éprouvent à donner la mort est sans équivoque. Elles sont parées d’ornements venus d’un Orient fantasmé qui les rendent plus mystérieuses et accentuent le désir. Leur beauté sert d’appât et de piège.

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Franz Stuck, « Salomé »

 

Cette époque est l’âge d’or de la femme fatale et des demi-mondaines susceptibles de ruiner des fortunes, des vies, voire des dynasties. Elles brisent radicalement les obligations de discrétion et d’effacement auxquelles sont traditionnellement tenues les femmes. C’est aussi en ce temps-là que Freud fait le lien entre décapitation et castration. Plus tard, la décapitation d’un homme par une femme sera associée à la vengeance post-défloration, ainsi qu’à un jeu pervers et masturbatoire.

Gustav KlimtJudith I, 1901 Öl auf Leinwand 84 x 42 cm

Gustav Klimt, « Judith et Holopherne 1 »

Turandot s’inscrit pleinement dans cette lignée de femmes fatales. Comme elles, elle apparaît comme monstrueuse à plusieurs égards. D’abord elle inverse le rapport de force traditionnel, en prenant le pouvoir sur les hommes. Puis elle leur coupe la tête afin de se prémunir d’un éventuel viol qui la priverait de son intégrité et de sa puissance. Par conséquent, sa beauté qui attire tant de soupirants, est une véritable malédiction. Cette beauté si incompatible avec sa violence la rend terrifiante.

Turandot, comme Judith ou Salomé, est un scandale à elle toute seule. Elle réveille la peur profonde de réduire les hommes à néant, en gérant son empire et sa vie par elle-même, sans l’aide d’un époux. Un simple regard vers elle a été fatal à Calaf. Convoiter cette femme signifie pour lui qu’il encourt la mort. L’enjeu pour lui est de se rapprocher de Turandot, tout en restant en vie.

Les beautés fatales, consœurs de Turandot, célébrées dans l’Art, sont à retrouver dans cette galerie :  pinterest-logo

Sources d’inspiration

  • KRISTEVA Julia, Visions capitales : art et rituel de la décapitation, Paris, La Martinière, Fayard, 2013
  • DI STEFANO Eva, Gustav Klimt, l’or de la séduction, Paris, Gründ, 2007
  • LAURENS Camille, Les fiancées du diable. Enquête sur les femmes terrifiantes, Paris, Editions du Toucan, 2011
  • TRITTER Jean-Louis, Mythes de l’Orient en Occident, Paris, Ellipse, 2012
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29 La mort du prince de Perse

A la beauté de Turandot, répond celle du prince de Perse. L’harmonie de ses traits, la profondeur de son regard, la sérénité de son visage subjuguent l’assemblée. Baigné par la lumière de la lune, il est comme une apparition surnaturelle.

Contrairement aux autres prétendants condamnés, il marche fièrement, garde la tête haute et esquisse même un léger sourire extatique. Face à tant de dignité, la foule se fige d’abord de stupeur, avant de se laisser séduire. Dès lors, il n’est plus question que Turandot sacrifie le prince. Aux cris de haine, succèdent les demandes de grâce, les plaintes et les gémissements.

Le silence étant la seule réponse, les habitants se laissent aller à une détresse spectaculaire. Des femmes tentent de passer les cordons de soldats pour s’agripper au condamné, d’autres s’évanouissent. Des hommes s’infligent des blessures avec leurs propres armes. Il en faut plus que cela pour émouvoir l’impératrice. C’est froidement qu’elle donne le signal de l’exécution.

Le prince de Perse crie, une dernière fois, le nom de Turandot avant d’avoir la tête tranchée. La foule se bat pour l’obtenir, comme une précieuse relique. La fascination, la détresse et la déception virent à l’émeute. Les spectateurs ne pouvant passer les puissantes murailles de la Cité interdite, s’attaquent à ce qui fait la richesse de la capitale : port, péages, marchés, bibliothèque,… semant chaos et destruction sur son passage. Calaf ne peut qu’assister, impuissant, au saccage, non sans s’être réfugié dans une ruelle abandonnée.

28 Belle à mourir

Étrange obsession pour la beauté, en ce règne de  Turandot. Pour elle, on sacrifie ou on épargne.  Si nous connaissions les traits de la souveraine, nous pourrions peut-être comprendre la raison d’un tel engouement. Hélas, il semble que son portrait se soit évaporé au fil du temps. Nous ne connaissons d’elle qu’une description.

En effet, après la chute de la dynastie de Turandot, les eaux du fleuve Yin charrièrent les chroniques d’un lettré. Presque tout le rouleau est illisible, mais l’encre du texte qui suit ne s’est pas effacée.

« Notre mère céleste jouie d’une beauté taillé dans le marbre blanc et le diamant. Sa splendeur est à l’image de la Cité Interdite, ni le temps ni la mort ne peuvent la flétrir. Les passions glissent sur sa peau et laisse parfait et intact son visage, lequel restera inchangé pour dix mille années de vie. Les hommes de notre empire savent apprécier cette beauté qui fait injure à la fragilité. Ils la contemplent de loin, en admirant l’harmonie de ses traits, comme on contemple les peintures des maîtres ou les grands bouddhas sculptés dans la pierre. Aucun d’eux ne s’est encore consumé dans un amour irraisonné. Les princes étrangers qui ne connaissent de Turandot que ses portraits et non son âme, ne peuvent comprendre sa beauté. Rendus fous par la magnificence de son visage, ils veulent s’en emparer comme on vole un bijou ou comme on se goinfre d’un morceau de viande. Ils ne savent pas que l’impératrice vivra dix mille ans, ni ne devinent que sa beauté s’inscrit dans l’éternité. C’est pourquoi je les méprise et ne pleure pas leur mort. La beauté noble et immuable ne peut s’offrir qu’à celui qui sait l’apprécier. Celui qui la souille n’est pas digne de vivre. »

Nous ne savons rien aujourd’hui du visage ou de l’apparence de Turandot. Il se dit que les mères des prétendants décapités ont brûlé tous ses portraits. D’aucun le déplore, d’autres s’en réjouissent. C’est ainsi, à en croire ces deniers, que sa beauté appartient à l’éternité et que son parfum reste impérissable. À la voir aujourd’hui, nous pourrions ne pas comprendre la fascination qu’elle exerçait. Les critères esthétiques de son époque sont-ils toujours valables pour nous ? Rien n’est moins sûr.

Par sa beauté qui est à l’image de la Cité interdite, Turandot est immortelle et son souvenir vivace. Tel était son souhait ; telle est sa plus grande réussite.

Sources :

  • CUNMING Zhu, FERNANDEZ Dominique, La beauté, Paris, Desclée de Brouwer ; Shanghai : Presses artistiques et littéraires de Shanghai, 2000
  • CHENG François, Cinq méditation sur la beauté, Paris, Albin Michel, 2006.

Les portraits de Turandot ont été détruits, mais nous pouvons essayer de nous faire une idée de son visage avec cette galerie : pinterest-logo

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27 Pourquoi Turandot fait-elle décapiter ses prétendants ?

Les retrouvailles entre Calaf, Timur et Adelma tournent court. Poussé par la curiosité, le prince sort de l’auberge et suit l’émeut jusqu’à l’esplanade devant la Cité Interdite. Tous veulent assister à la décapitation du prince de Perse. Hurlements et insultes fusent à l’encontre du jeune prétendant. Les clameurs s’accroissent lorsque s’ouvrent les portes de la Cité interdite. Calaf observe, horrifié, la foule saluer bruyamment le bourreau qui en sort, et lui réclamer, à grand cris, des flots de sang.

Soudain, la stupeur saisit les habitants de la capitale impériale. A la lueur de la lune qui vient de se lever, chacun découvre le beau visage du prince de Perse. Un silence de mort pèse sur l’esplanade, tant l’assemblée est touchée par la jeunesse, la beauté et la dignité du condamné.

Turandot apparaît à la loge incrustée à la muraille de la Cité Interdite. Les cris reprennent, mais contre l’impératrice, cette fois. Le prince de Perse est si jeune et si beau qu’il ne peut mourir. Tous réclament sa grâce et gémissent à l’arrivée du cortège funéraires.

 

Mais pourquoi Turandot fait-elle décapiter ses prétendants au lieu de les emprisonner ou de les bannir ?

Les considérant coupables du crime le plus grave qui soit à son égard, à savoir prétendre à la posséder sans en être digne, l’impératrice applique la peine la plus sévère qui puisse leur être infligée.

Dans la pensée de ce temps, chacun détient un corps prêté par ses ancêtres et doit le restituer dans son intégralité après la mort. En mutilant ses prétendants, Turandot ne se contente pas de les châtier eux-mêmes par la peine de mort, mais plonge également leur famille dans l’infamie en la blessant dans son honneur domestique et dans le culte de ses ancêtres. Par la dureté de cette peine, elle espère dissuader les autres princes d’aspirer à l’épouser. Cependant, il s’avère que sa beauté est tellement renommée, que cette stratégie ne fonctionne pas.

 

Source : GRANET Marcel, La religion des chinois, Paris, éditions Albin Michel, 1998.

 

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26 L’art de la guerre

Afin de tenter de prendre le royaume de Timur, l’empereur Altoum, le père de Turandot, menait des campagnes longues et extrêmement coûteuses. À son avènement, Turandot changea les habitudes de combats pour garantir son succès dans les batailles.

Elle renouvela d’abord son corps d’armée en y incorporant des guerriers venus des steppes du nord et des îles du soleil levant.

Les premiers étaient habitués au froid qui régnait dans le royaume des sommets près des dieux. Ils étaient surtout réputés pour l’efficacité de leurs ruses, en temps de guerre. L’armée officielle n’attaquait jamais sans qu’une première vague d’assaillants pillât le territoire à prendre et y semât la panique. La progression des troupes devaient être ainsi facilitée. Grâce à des mannequins montés sur des chevaux, les guerriers des steppes donnaient l’illusion d’un mouvement de troupe et faussaient les stratégies de combat de l’autre camp. Ils feignaient aussi des retraites pour attirer les adversaires dans des embuscades. Le but de ces manœuvres était l’encerclement des armées ennemies afin de mieux les détruire.

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Les guerriers des îles du soleil levant offraient deux atouts. D’une part, la grande qualité de leurs armes. Leurs meilleurs sabres, forgés dans l’acier ferrugineux, pouvaient fendre les armures, sans se rompre. D’autre part, la probité des chevaliers en faisait des combattants hors paire. Leurs trois valeurs maîtresses étaient loyauté, esprit de justice et bravoure. Turandot s’allouait ainsi les services de guerriers parfaitement dévoués à leur suzeraine. Elle savait que leur totale maîtrise d’eux-mêmes les conduisait à ne pas craindre la mort et à s’adapter à toutes situations.

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L’impératrice prit enfin la peine de lire un traité sur l’art de la guerre particulièrement moderne. Il recommandait des campagnes courtes afin de préserver les finances, les armes et le moral des troupes. Le livre conseillait également aux officiers de se rendre proches de leurs hommes afin de démultiplier leur motivation et leur courage, et prônait la guerre de harcèlement pour épuiser l’ennemi. Riche de cette lecture, Turandot créa des armées permanentes et des casernes, restructura la hiérarchie, développa son réseau d’espions et mit au point diverses stratégies d’attaques.

C’est par une série d’attaques imprévisibles qu’elle envahit le royaume près des dieux et qu’elle poussa Timur à se retrancher dans sa dernière forteresse encore debout. Elle donna l’ordre à ses ingénieurs de percer des tunnels, pendant que les guerriers des steppes du nord harcelaient les occupants, jours et nuits, avec des tirs de flèches. Ils projetèrent également de la graisse humaine liquéfiée et allumèrent un incendie gigantesque. Le feu était impossible à éteindre. Ainsi tomba le dzong et avec lui le roi Timur. Turandot se rapprochait du siège des dieux.

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Sources :

  • DE PLANCARPIN Jean, Dans l’empire mongol, Toulouse, Anacharsis, 2014
  • SUN Tzu, L’art de la guerre, Paris, Flammarion, 1972.
  • CALVET Robert, Une histoire des samouraïs, Paris, Larousse, 2012.

A quoi pouvait ressembler l’armée invincible de Turandot ? La réponse est sur Pinterest.

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25 Adelma, esclave dévouée

Adelma est née dans une famille de commerçants habitués à sillonner les routes de montagnes au milieu de leurs caravanes. Ses parents ont été lourdement endettés après que des brigands khampas ont dérobé la cargaison d’un de leurs convois. Afin de se solder, les marchands ont été contraints de vendre leur petite fille de quatre ans comme esclave. Elle fut achetée par la cour.

À l’époque, le fils puiné du roi était déjà dissimulé au monastère et le lama vint en personne au palais pour annoncer qu’il venait de trouver un nom pour lui. Il le souffla alors aux oreilles d’Adelma alors désignée pour être la future messagère entre le monastère et Timur. Aussitôt, la petite fille se vit menacée des pires représailles sur elle et sa famille, si elle divulguait le nom du prince. C’est ainsi qu’elle grandit dans la crainte et le plus grand dévouement.

À partir de l’âge de huit ans, elle fut chargée d’intégrer incognito les caravanes de marchands faisant halte au monastère au se trouvait Calaf. Elle y transmettait les ordres et les missives de Timur et y récoltait les nouvelles données par le lama. Elle n’était autorisée à voir Calaf que de loin, afin de s’assurer qu’il était vivant et en bonne santé.

Un jour, celui-ci l’aperçut. Il lui sourit et la salua en lui tirant la langue jusqu’au menton. À ce jour, personne n’avait jamais souri à Adelma. Si sa tâche était des plus importantes et même si la religion du royaume prônait la compassion, personne ne la regardait comme un être humain, pas même les moines, ni les lamas. Elle tomba éperdument amoureuse du seul homme qui la regardait comme une personne à part entière, et non pas comme une esclave. Dans le même temps, elle conçut beaucoup d’amertume envers ceux qui la traitaient comme un objet.

Elle réalisa son infortune, le jour où elle dut suivre Timur dans le zhong pour l’ultime combat face à Turandot. Un garde avait ordre de la mettre à mort si jamais la bataille tournait à la défaite, afin que le nom de Calaf ne soit jamais prononcé.

À la place, le soldat secourut son seigneur et maître à la merci du général ennemi. Adelma aida Timur à s’enfuir. Il lui semblait que la vie lui autorisait une revanche. À présent, son roi, si grand qu’il était auparavant, était devenu son égal. La jeune fille s’employa alors à être plus forte et plus solide que lui, dans l’épreuve. Elle le guida du mieux qu’elle put et mendia pour lui.

Enfin, Timur la considéra comme une personne et lui témoigna sa reconnaissance. Il ne jugea pas utile d’affranchir son ancienne esclave : le sort s’en était chargé pour lui.

A quoi pouvait bien ressembler Adelma ? La galerie de portraits pour se donner une idée est ici : pinterest-logo

Sources d’inspiration :

  • SIRONI-DIEMBERGER Maria-Antonella, Tibet, la terre du Dalaï-lama entre passé et présent, Paris, édition White Star, 2011.
  • DESHAYES Laurent, LENOIR Frédéric, L’épopée des Tibétains, entre mythe et réalité, Paris, Fayard, 2002.
  • RADHU, Abdul Wahid, Caravane tibétaine, Paris, Fayard, 1981.

24 Timur, roi des montagnes

Au cours de l’émeute qui secoue la capitale impériale, Calaf reconnaît son père dans le vieil homme qu’il a secouru. Lui qui l’imaginait grand roi et fier guerrier, voit devant lui un vieillard décharné, affaibli, tremblant et aveugle.

Avant l’invasion des troupes de Turandot, le roi Timur, le père de Calaf, régnait sur un vaste royaume couvrant les « sommets près des dieux ». Au fait de sa puissance, il était le maître de nombreuses seigneuries et monastères, lesquels lui avaient prêté allégeance. Eux-mêmes maintenaient l’ordre auprès du petit peuple.

Timur a eu une réputation de grandeur lui venant d’un ancêtre devant lequel une montagne se serait inclinée pas moins de neuf fois. De plus, le sang du peuple du plateau du Kham coule dans ses veines. Les habitants de cette contrée sont célèbres pour leurs aptitudes au combat et leur tradition de brigandage. Cet héritage a fait de Timur un souverain redouté, en particulier de l’empereur Altoum, le père de Turandot. Les deux hommes se sont livrés une lutte sans merci, dont le roi des montagnes est toujours sorti vainqueur par sa connaissance du terrain. Néanmoins, il n’a jamais relâché sa vigilance, malgré ses victoires.

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Pour s’assurer de stabilité de son royaume et de puissantes alliances, il a pris huit épouses, toutes filles de grands seigneurs ou de rois. Il a élevé son fils aîné, Karma, dans les arts du combat et de la stratégie. Si celui-ci devait tomber sur le champ de bataille, Timur a prévu de donner le pouvoir à son second fils, Calaf, né de sa troisième épouse. Pour plus de sûreté, il l’a fait enfermer dans un monastère, à la fois pour le dissimuler au regard de  l’ennemi et le prendre ainsi par surprise, et pour le protéger de la jalousie de ses autres épouses. Afin que le secret soit parfaitement gardé, Timur a refusé que lui-même, sa troisième épouse et toute sa cour connaisse le nom de son fils.

Seules deux personnes dans tout le royaume savent l’identité du prince : le lama qui lui a donné son nom et l’a recueilli dans son monastère, et la très jeune esclave qui fait la liaison entre la cour et le monastère.

Il s’avère que Timur a eu raison de prendre autant de précautions. Turandot, qui a tout appris des erreurs de son père, se révèle être bien meilleure stratège que lui. À l’aide de sa puissante armée, elle met en déroute les défenses du roi des montagnes et tue son fils aîné. Timur tente une ultime résistance, réfugié dans un zhong, une forteresse nichée au sommet d’une montagne. Peine perdue ! Le siège est un succès pour les troupes de Turandot et le roi est à la merci d’un général qui lui fait brûler les yeux. Non content de lui faire perdre la vue, il veut aussi le priver de parole et s’apprête à lui couper la langue.

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Le roi déchu est secouru par ses derniers hommes vivants et s’enfuit du zhong avec Adelma, l’esclave qui connaît le nom de son fils puîné. C’est en mendiant misérable que Timur, jadis si grand, erre sur les routes, avec la jeune fille qui le guide. Le hasard les fait entrer dans la capitale de leur ennemie jurée. Depuis, ils se terrent dans les bas-quartiers en espérant ne pas être reconnus par les agents de l’impératrice.

L’émeute due à l’exécution du prince de Perse les a surpris alors qu’ils mendiaient dans la rue. Depuis de longues années, Timur se sent, à présent, en paix d’avoir auprès de lui ce fils qu’il ne connaît que par missives.

Pour savoir à quoi aurait pu ressembler Timur, cliquez ici pour accéder à la galerie de portrait.
Vous pouvez également faire connaissance avec le peuple des plateaux du Kham en cliquant ici.

Sources d’inspiration :

  • SIRONI-DIEMBERGER Maria-Antonella, Tibet, la terre du Dalaï-lama entre passé et présent, Paris, édition White Star, 2011.
  • DESHAYES Laurent, LENOIR Frédéric, L’épopée des Tibétains, entre mythe et réalité, Paris, Fayard, 2002.
  • DESHAYES Laurent, Histoire du Tibet, Paris, Fayard, 1997.

23 Le début de l’émeute

À Calaf qui vient d’arriver en ville, l’ancienne concubine devenue fille de joie raconte qu’il ne pleut plus sur la ville depuis bien longtemps. Le vent sec brasse alors tout ce que la capitale  contient comme poussières, de miasmes, d’effluves capiteux et de relents d’eau stagnante provenant des canaux. Il empoisonne l’esprit des habitants. Ceux-ci deviennent fous régulièrement, en particulier lorsque l’impératrice fait exécuter ses prétendants et que l’odeur du sang se répand dans les rues.

Très étonné, Calaf demande à en savoir plus. La jeune femme explique tristement, non sans une once de colère dans la voix, que Turandot veut que les hommes lui fichent la paix. Elle souhaite diriger seule sa vie et gouverner son empire sans la tutelle d’un époux.

Elle est interrompue par des braillements d’une sauvagerie inouïe et de forts ricanements. Dans la rue, la nouvelle court que le prince de Perse va être exécuté, le soir même. La rumeur se change en tumulte. L’excitation et le vacarme arrachent les joueurs à leurs tables et les clients des chambres des prostituées.

L’un des hommes  monte sur une table et déclame de façon grotesque le discours que toute la capitale connaît maintenant par cœur :

« Honorable peuple de la cité impériale, il a été décrété comme suit : Turandot la pure, épousera celui qui, de sang royal, résoudra les trois énigmes qu’elle posera. Mais qu’il vienne à échouer dans son entreprise et sous le glaive il devra incliner son orgueilleuse tête[1]. »

A ces mots, tous les clients sortent se joindre à l’émeute ; laissant seuls les filles de la taverne et Calaf. Ce dernier regarde d’un air médusé, les passants enragés qui réclament la tête du prince de Perse. Malgré la clameur, il entend distinctement un cri désespéré. Une jeune fille hurle « Mon vieux maître est tombé ! Qui m’aidera à le relever ? » Pour éviter qu’il ne soit piétiné, le prince fend la foule et prend le vieil homme dans ses bras. Il le transporte en sécurité à la taverne, suivi de la jeune fille. Pendant que les pensionnaires de la taverne s’affairent à soigner les blessures du vieillard, Calaf remarque le sceau gravé sur le pommeau de sa dague. Il reconnaît l’insigne de sa famille, ainsi que son père dans cet homme si frêle et aveugle.

[1] Texte originale tiré du livret de l’opéra, écrit par Giuseppe Adami et Renato Simoni. Collectif, Turandot, Paris, édition Premières loges L’avant-scène opéra, 2004.

Balade dans les monts Guan avec Guan Tong

Vous souvenez-vous de mon article sur la peinture comme moyen de méditation. Il est temps de creuser la question avec ce très bel article de Tokonoma. Bonne lecture !!

Tokonoma

‘‘Les rochers de Guan Tong sont solides et denses, les arbres sont beaux et luxuriants, les pavillons ont une élégance classique et les personnages sont paisibles et sereins.’’ 

Guo Ruoxu, Dynastie Song, Connaissances sur la peinture (Tuhuajianwenzhi 图画见闻志)

Cette citation tirée de l’ouvrage du critique d’art Guo Ruoxu est probablement la meilleure façon d’introduire l’art de Guan Tong (906-960 AD). Commençons !

Guan Tong, peintre de paysage

Guan Tong (关仝) est un peintre originaire de Chang’An (长安) (Xi’An (西安) aujourd’hui) vivant pendant la période des Cinq Dynasties (907-960 AD). Il est le disciple de Jing Hao et est un étudiant assidu et passionné. En effet, une anecdote le décrit comme ‘‘étudiant assidu au point de perdre l’habitude de manger’’, apparemment rassasié de nourriture intellectuelle ! Les peintures qui lui sont aujourd’hui attribués sont rattachées à l’école de peinture Guan (Guanjia 关家), qu’il a…

Voir l’article original 971 mots de plus

Hors série : L’Art de la Guerre par Sun Tzu

Les connaisseurs auront peut-être reconnu L’Art de la Guerre de Sun Tzu, dans le traité que lit Turandot. Pour les autres, je viens de trouver un article susceptible de vous éclairer sur la question.

Sagesse taoïste Ce texte chinois datant du VIe-Ve siècle av. J.-C a connu une incroyable célébrité à travers les générations. Ses enseignements ont traversé les âges. Il s’agit d’un traité de stratégie militaire pénétré des préceptes de la pensée taoïste. Les leçons sont applicables non seulement à la guerre mais à toutes les situations conflictuelles. […]

via [Doc] L’art de la guerre (Sun Tzu, Sun Bin, 2004) — La Biscothèque, à grignoter sans modération…